Technoférence ou phubbing : comment les appareils électroniques peuvent nuire au développement des enfants

09/2025
Auteur : Dr Martin Claßen, Brême

L’une des menaces majeures pesant sur le développement des enfants dans le monde moderne pourrait être l’utilisation des appareils électroniques par les parents en présence de leurs enfants. Ces dispositifs détournent l’attention parentale des interactions, de la communication et des activités motrices partagées avec l’enfant.

 

Une méta-analyse australienne, regroupant l’ensemble des études scientifiques disponibles sur le sujet, a cherché à objectiver ces effets. Vingt et une études portant sur des enfants âgés de 0 à 4,9 ans, incluant au total 14 900 participants répartis dans dix pays, répondaient aux critères d’inclusion.

Des associations significatives ont été mises en évidence entre l’utilisation des appareils électroniques et plusieurs dimensions du développement : les compétences cognitives (r = −0,14 ; IC à 95 % : −0,23 à −0,04), les troubles internalisés du comportement, du comportement et des émotions (r = +0,13 ; IC à 95 % : 0,08 à 0,19), les troubles externalisés du comportement (r = +0,15 ; IC à 95 % : 0,09 à 0,21), le comportement social (r = −0,08 ; IC à 95 % : −0,13 à −0,02), la capacité d’attachement (r = −0,10 ; IC à 95 % : −0,19 à −0,01), ainsi que le temps d’exposition aux écrans chez l’enfant (r = +0,23 ; IC à 95 % : 0,13 à 0,32).

Le fait que les parents soient distraits par l’utilisation de leurs appareils électroniques ou qu’ils soient interrompus pendant la prise en charge de leur enfant n’a pas été identifié comme un facteur déterminant. Aucune des études n’a par ailleurs analysé les effets sur le développement des compétences motrices, l’activité physique ou les habitudes de sommeil des enfants.

Commentaire: 

Comme nous le savons tous, les interactions étroites entre les enfants et leurs parents jouent un rôle déterminant dans le développement précoce. Le fait que les parents répondent immédiatement aux signaux de leur enfant renforce la sécurité émotionnelle et le lien d’attachement, offre des occasions d’exercer les interactions communicatives et aide l’enfant à explorer son environnement de manière ludique. Les enfants développent également leurs réactions émotionnelles en imitant les expressions faciales de leurs parents. Lorsque ces derniers sont distraits par l’utilisation d’appareils électroniques, nombre de ces réactions, pourtant essentielles au développement de l’enfant  sont réduites ou retardées. Jusqu’à 70 % des parents reconnaissent utiliser leur smartphone pendant les repas ou les moments de jeu avec leur enfant. Ce phénomène est désigné sous les termes de technoférence ou de phubbing (contraction de phone et snubbing).

La méta-analyse présentée ici vient renforcer les inquiétudes que nous, pédiatres, exprimons à ce sujet. Bien que les études antérieures aient mis en évidence des associations sans établir de lien de causalité, les résultats me semblent suffisamment significatifs pour recommander d’éviter l’utilisation d’appareils électroniques en présence des nourrissons et des jeunes enfants. Même si l’ampleur des effets observés est faible, les conséquences s’étendent à de nombreux domaines du développement ainsi qu’aux dimensions psychologiques et émotionnelles.

Dans un monde où les technologies numériques sont omniprésentes, le principal défi consiste à amener les parents à modifier leurs comportements et à accorder la priorité à leurs enfants plutôt qu’à leurs appareils électroniques. Cet objectif ne pourra être atteint que si les sages-femmes, les pédiatres et les professionnels de la petite enfance agissent conjointement pour encourager cette démarche, en complément de campagnes régulière sur les réseaux sociaux, la radio et Télévisions, etc.

 

Sources :
Toledo-Vargas M, Chong KH, Maddren CI, Howard SJ, Wakefield B, Okely AD. « Utilisation des technologies par les parents en présence de leur enfant et santé et développement durant la petite enfance : revue systématique et méta-analyse ». JAMA Pediatrics. 5 mai 2025 ; 179(7) : 730–737. DOI : 10.1001/jamapediatrics.2025.0682.